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TURRETOT  1944 : c’était il y a 70 ans

A l’aube de la seconde guerre mondiale, le village de Turretot comptait environ 300 habitants, 95 maisons et une quarantaine de fermes. On y trouvait plusieurs commerces ou corps de métier : menuisier-charpentier, charron, forgeron, boulangerie, deux cafés-épiceries et un café-restaurant à la gare.

Pendant l’exode, la population de Turretot a quasiment doublé : beaucoup de havrais, fuyant les bombardements et les restrictions, étaient accueillis par solidarité dans les habitations rurales. L’école primaire, composée de deux classes se situait dans l’ancienne mairie, elle était complétée par l’accueil des plus petits à la « colonie », située rue de la Forge.

Les habitations, de même que les matériels, les vivres, les animaux, étaient aussi réquisitionnées par l’armée allemande, qui installa l’état-major local dans la propriété de Henri Revet, Maire au début de l’occupation.

Des réseaux de résistance étaient organisés : l’instituteur et secrétaire de Mairie de l’époque, Georges Chachignon, s’implique localement, en lien avec la résistance havraise.

Comme dans tout le pays, les jeunes turretotais ont été mobilisés par l’armée Française. Seuls les pères de quatre enfants et plus étaient exemptés. Ce sont donc essentiellement eux ainsi que les femmes, qui étaient soumis à l’obligation de travail exigée par les allemands, qui faisaient effectuer, entre autres, différents travaux de terrassement comme creuser des tranchées défensives, des abris ou des caches d’armes.

Turretot a subi quelques bombardements heureusement sans comparaison avec ce qui s’est passé dans la région havraise et aucune maison n’a été détruite. Cependant par deux fois le village a subi d’importants mitraillages. Si le premier, qui eut lieu au hameau de l’Hirondelle, ne fit aucun blessé, il n’en fut pas de même, lors du deuxième, qui toucha le cœur du village : plusieurs personnes furent blessées par des éclats d’obus et Geneviève Cressent, qui effectuait des travaux obligatoires, fut tuée le 26 avril 1944, à l’âge de 20 ans (un vitrail dans l’église de Turretot commémore ce triste événement).

Le 13 août 1944, un obus allemand frappe un bombardier B-24 de l’US Air Force qui s’abime à Lanquetot, après que les dix soldats américains présents dans l’avion aient sauté en parachute au-dessus de Mannevillette, Le Fontenay et Rolleville. Quatre d’entre eux seront faits prisonniers et les six autres seront cachés dans les communes environnantes, dont Turretot.

Eugène Hardy, Maire de Turretot à partir de 1943, transporte d’abord deux d’entre eux dans sa voiture à cheval pour les ramener dans la commune et malgré les contrôles allemands, il les conduit, avec le concours de Georges Chachignon, dans la ferme isolée de Marcel Avenel, surnommé le Forçat, qui exploite une carrière de cailloux en contrebas d’Ecuquetot. Eugène Hardy aidera également au transfert d’un autre parachutiste américain et deux de leurs camarades venant de Gonneville-la-Mallet, accompagnés à vélo par des résistants locaux, les rejoignent rapidement dans la famille Avenel, qui accueillera et cachera dans l’urgence cinq parachutistes sur les six ayant réussi à échapper à l’ennemi. Trop proches du château d’Hermeville où sont basés de nombreux soldats allemands, ils seront ensuite hébergés dans des familles de Rolleville et de Saint-Martin-du-Bec. Les six parachutistes sauvés par les patriotes de la Pointe de Caux ont retrouvé les forces alliées dans les semaines qui ont suivi et ont été ramenés d’abord à Londres puis dans leur pays, où ils ont été rejoints à la fin de la guerre par leurs quatre camarades qui avaient été initialement faits prisonniers.

Enfin, début septembre, la libération est imminente dans toute la région et de Turretot, on peut voir les chapelets de bombes tomber sur le Havre et ses environs. Un samedi vers midi et sous un beau ciel bleu, l’armée canadienne, commandée par le Major Mac Kenna, prend position dans la commune et installe ses quartiers dans une grande prairie à la sortie du village sur la route d’Hermeville, qui est désignée aujourd’hui sous le nom de «  Clos des Canadiens ». Très vite, la population se précipite pour acclamer les soldats canadiens et la libération qui s’est faite sans combat ni pertes humaines, est un moment de liesse, accompagnée comme partout par la distribution de chocolat.

Merci à Jocelyne et Charles REVET pour leur témoignage.

Bibliographie : Ils étaient tombés du ciel – Claude GOUPIL – Editions Le Pucheux – 2013